Vendredi 16 février 2007
FSM 2007 De la défensive à l’offensive yp
Immanuel Wallerstein – 8 février 2007
Le Forum Social Mondial (FSM) s’est retrouvé à Nairobi, au Kenya, du 20 au 25 janvier. Cette organisation, fondée comme une sorte d’anti-Davos, a mûri et évolué sans doute plus que ses participants ne le réalisent. Depuis le début, le FSM a été une rencontre d’un large spectre d’organisations et de mouvements du monde entier qui se définissent comme opposés à la mondialisation néolibérale et à l’impérialisme sous toutes ses formes. Son slogan a été « un autre monde est possible », et sa structure, celle d’un espace ouvert sans permanent, porte-parole ou résolution. Le FSM s’est posé contre la mondialisation néolibérale, et le terme « altermondialiste » a été forgé pour définir la position de ses partisans - un autre type de structure globale. Dans les quelques premiers rassemblements, depuis 2001, l’accent était défensif. Les participants, chaque fois plus nombreux, dénonçaient les travers du consensus de Washington, les efforts de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) pour imposer la loi du néolibéralisme, les pressions du Fonds monétaire international (FMI) dans les pays de la périphérie pour tout privatiser et ouvrir les frontières au libre flux du capital, ainsi que l’attitude agressive des Etats-Unis en Irak et ailleurs.
Lors de cette sixième rencontre mondiale [l’année dernière, le forum avait été décentralisé dans trois villes : Bamako, Caracas et Karachi, ndt.], ce langage défensif a été moins présent - simplement parce que tout le monde le tenait pour acquis. Et aujourd’hui, les Etats-Unis paraissent moins impressionnants, l’OMC semble paralysée et fondamentalement impuissante, le FMI est presque oublié. Le New York Times, relatant la rencontre de Davos de cette année, évoquait la prise de conscience d’un « changement de l’équation du pouvoir » dans le monde, du fait que « personne n’est plus vraiment aux commandes », et que « les fondations mêmes du système multilatéral » ont été ébranlées, « laissant le monde à court de leadership, à un moment où il est de plus en plus vulnérable à des chocs catastrophiques ».
Dans cette situation chaotique, le FSM incarne une réelle alternative et crée graduellement un ensemble de réseaux dont l’impact politique va émerger dans les cinq à dix prochaines années. Les participants du FSM ont débattu longuement pour savoir s’il devait continuer à être un forum ouvert ou s’il devait s’engager dans une action politique structurée et planifiée. Progressivement, presque subrepticement, il est devenu clair, à Nairobi, que la réponse n’était pas univoque. Les participants voudraient faire les deux - conserver le FSM comme un espace ouvert, capable d’inclure tous ceux qui veulent transformer le système mondial existant et, en même temps, conduire et encourager ceux qui veulent organiser des actions politiques spécifiques à le faire et à s’organiser pour cela lors des rencontres du FSM.
L’idée clé c’est la création de réseaux, que le FSM est particulièrement équipé pour construire à un niveau mondial. Il existe déjà un réseau effectif de féministes. Pour la première fois, à Nairobi, il s’est formé un réseau de lutte des travailleurs (en définissant le concept de « travailleur » assez largement). Il y a maintenant un réseau en construction de militants intellectuels. Le réseau de mouvements ruraux/paysans s’est renforcé. Le réseau de celles et ceux qui défendent des sexualités alternatives est en plein essor (il a permis aux mouvements gay et lesbiennes kenyans d’affirmer une présence publique qui aurait été difficile auparavant). Il y a un réseau anti-guerre (concerné directement par l’Irak et le Moyen-Orient en général). Et il y a des réseaux fonctionnels sur des terrains de lutte spécifiques - les droits à l’eau, la lutte contre le HIV/sida, les droits humains.
Le FSM multiplie aussi les manifestes : l’Appel dit de Bamako, qui préconise une campagne d’ensemble contre le capitalisme ; un manifeste féministe, qui en est à sa deuxième version et continue à évoluer ; un manifeste du monde du travail qui vient juste de naître. Il y aura sans doute d’autres manifestes, puisque le FSM continue. La quatrième journée du forum a été dévouée essentiellement à la rencontre de ces réseaux, chacun d’eux énumérant quels types d’actions communes il pourrait entreprendre - en son propre nom, mais sous le parapluie du FSM.
Finalement, l’attention s’est portée sur ce que cela signifie de dire « un autre monde ». Il y a eu de sérieux débats et discussions sur ce que nous entendons par démocratie, travailleurs, société civile, et sur le rôle des partis politiques dans la construction du monde futur. Ces discussions définissent des objectifs et les réseaux sont une large partie des moyens par lesquels ces objectifs peuvent être atteints. Les discussions, les manifestes et les réseaux incarnent une posture offensive.
Ce n’est pas que le FSM ne connaisse pas des problèmes internes. La tension entre certaines des plus grandes ONGs (dont les QGs et les forces vives sont au Nord), qui soutiennent le FSM tout en se montrant aussi à Davos, et les mouvements sociaux plus militants (particulièrement forts au Sud, mais pas uniquement) restent bien réels. Ils sont tous deux représentés dans l’espace ouvert, mais les organisations plus militantes contrôlent les réseaux. Le FSM fait parfois figure de tortue lente et maladroite. Mais dans la fable d’Esope, le lièvre rapide et rutilant de Davos a perdu la course.
Traduction française du bimensuel suisse Solidarités
par jeromet
le 2007-02-16 10:47:23
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Samedi 13 novembre 2004
DEVELOPPEMENT DURABLE : pratiques populaires innovantes qui émanent de l'autre Afrique
L'autre Afrique
Au delà de leurs maux, les populations africaines continuent de survivre et même de vivre
YAO ASSOGBA Professeur au département du travail social et des sciences sociales de l'Université du Québec en Outaouais (UQO)
Le modèle de développement basé sur l'aide extérieure et ignorant les pratiques sociales des populations a été impuissant à sortir l'Afrique noire de la pauvreté et même de la misère. Les conditions d'existence et de vie dans lesquelles se retrouvent ces populations après plus de 40 années d'aide dépassent l'entendement humain. En 2003, le Programme alimentaire mondial (PAM) a annoncé que plus de un demi-million de personnes sont menacées de famine en Afrique de l'Ouest. L'agence de l'ONU a estimé qu'il faut 28 millions de dollars de toute urgence pour éviter une catastrophe humanitaire annoncée. L'Organisation pour l'alimentation et l'agriculture (OAA) a estimé à 13 millions le nombre de personnes menacées de famine en Afrique australe. Par ailleurs, la pandémie du sida représente une menace pour l'Afrique subsaharienne, où 28,5 millions de personnes vivent avec le virus.
Au delà de tous ces maux affligeants et des statistiques apocalyptiques de l'indice du développement humain (IDH) du PNUD, les populations africaines continuent de survivre et même de vivre. En effet, pendant qu'on nous parle toujours d'une Afrique qui se meurt, d'une catastrophe permanente, d'une Afrique de toutes les calamités où aucune âme ne devrait plus vivre longtemps, il existe l'autre Afrique. Celle qui ne fait jamais l'objet des manchettes des médias internationaux, celle dont CNN, CBC, TF1, Radio-Canada, etc., ne parlent jamais. Mais il suffit de se promener entre les tropiques du Capricorne et du Cancer pour découvrir la réalité de l'autre Afrique : vivante, joyeuse, entreprenante.
Dans cette Afrique se retrouvent des pépites humaines : commerçants, cinéastes, entrepreneurs, techniciens, ingénieurs, professeurs, chercheurs, musiciens, sportifs, etc., mais également des paysans, des mécaniciens, des menuisiers, des couturiers, bref des hommes et des femmes qui inventent chaque jour, au-delà des critères cartésiens, des pratiques sociales novatrices pour survivre ou pour vivre.
C'est par ces gens que s'opèrent les véritables transformations sociales qui traversent l'Afrique. Ce sont eux qui s'ingénient à améliorer un tant soit peu les conditions d'existence des populations africaines. Mais le peu d'intérêt porté à l'autre Afrique par des États africains et leurs partenaires, le mimétisme, la routine et le manque d'information théorique font obstacle à la diffusion des pratiques populaires novatrices au niveau global des pays africains.
Rompre avec le cynisme
Les dirigeants africains doivent rompre avec leur impéritie et le cynisme, abandonner l'idée de rattrapage des pays développés et faire des pratiques populaires innovantes qui émanent de l'autre Afrique le tremplin d'un véritable développement, celui-ci étant compris dans le sens principal d'amélioration des conditions de vie des populations.
En effet, la vraie question qu'aussi bien les États africains que leurs partenaires du Nord doivent désormais se poser est la suivante : quel est le besoin minimum vital qui doit être satisfait chez l'Homo africanus pour l'épanouissement de tous les attributs qui défissent l'être humain dans toute sa dignité ? Le coeur du débat sur le développement dans le contexte de la mondialisation doit porter sur la dignité de la personne, cette personne étant entendue non pas dans le sens libéral du terme mais dans son sens humaniste, c'est-à-dire l'individu porteur de valeurs humaines.
Après environ un demi-siècle de débats sur sa capacité de se développer, l'Afrique se trouve à la croisée des chemins en ce début du XXIe siècle. Plus que jamais, les Africains doivent voir en face les réalités socioéconomiques qui sont les leurs et s'y appuyer pour améliorer progressivement les conditions de vie des populations.
Quoi qu'on dise, quoi qu'on fasse, un fait demeure évident en Afrique : la plus grande partie des populations vit grâce aux pratiques populaires. Celles-ci sont porteuses d'avenir pour l'Afrique, tout comme elles l'ont été dans l'histoire de la plupart des pays industrialisés, permettant de construire leur développement à partir de la ramification de plus en plus dense de petites activités de production et de commerce souvent au ras du sol.
Toute l'Asie de l'Est et certains pays de l'Amérique latine se sont développés à partir d'un faisceau assez dense de microentreprises et de petites entreprises dont le processus d'intégration au secteur moderne s'est effectué de manière progressive. Au total, tel a également été le cas de l'Europe au Moyen Âge, notamment aux XIIe et XIIIe siècles, et celui des États-Unis au XVIIIe et au début du XIXe siècle.
Extrait de l'ouvrage Sortir l'Afrique du gouffre de l'histoire - Le défi éthique du développement et de la renaissance de l'Afrique noire (Presses de l'Université Laval), lancé le 20 octobre
http://www.ledevoir.com/2004/11/10/68141.html
par jeromet
le 2004-11-13 13:56:17
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Mercredi 10 novembre 2004
DEVELOPPEMENT DURABLE : 16 démarches
16 exemples tournant autour des produits (écoconception, écoproduit) à la politique sociale durable en passant par la valorisation des déchets, l’implication des salariés ou la réflexion stratégique durable. Pour télécharger l’ouvrage sur le site de la Drire (format PDF, 2,3 Mo), http://www.ile-de-france.drire.gouv.fr/publications/p-pmietdd.pdf
RSE: l’Iso publie une proposition de norme
L’Iso (International Standard Organization) a publié un projet de norme sur la prise en compte de la responsabilité sociale des entreprises (RSE).
Pour télécharger le document (en anglais, format PDF, 136 Ko), http://www.iso.org/iso/en/info/Conferences/SRConference/NWIP/New_work_item_proposal.pdf
Pour accéder au site de l’Iso consacré à la RSE http://www.iso.org/iso/en/info/Conferences/SRConference/home.htm --------------------------------
Développement durable contre délocalisation et dumping fiscal
La Tribune, 06 octobre 2004 (résumé)
Selon Patrick d'Humières, auteur des "Pionniers de l'entreprise responsable" (éditions d'Organisation), un Etat de pays industrialisé ne peut pas d’un côté dénoncer les délocalisations et d’un autre annoncer vouloir favoriser l’émergence des pays du Sud et les «investissements» sur leur territoire sans souffrir de schizophrénie. La solution reste l’application au niveau international des principes du développement durable, appuyés par les Etats, et notamment d’intégrer les coûts réels sociaux et environnementaux des produits.
http://www.enviro2b.com/revue_de_presse/developpement_durable_contre_delocalisation_et_dumping_fiscal~4450.htm
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Relations entre performances financières, environnementales et sociales des entreprises: la preuve par 52
La prise en compte de la responsabilité sociale et environnementale (RSE) de l’entreprise a un coût, mais elle génère également des bénéfices. De nombreuses études ont cherché à évaluer ce retour sur investissement, concluant généralement que des objectifs environnementaux et sociaux ambitieux vont de paire avec des performances financières élevées. Une méta-analyse vient confirmer cette relation positive entre la RSE et la finance. Portant sur 52 études publiées entre 1972 et 1997, l’étude “Corporate Social and Financial Performance: A Meta-analysis”, dirigée par Marc Orlitzky (Australian Graduate School of Management) porte sur 33.878 observations. L’étude débouche sur d’autres conclusions importantes: - La performance sociale et environnementale est plus étroitement corrélée avec la performance financière quand on la mesure par la comptabilité plutôt que par des mesures fondées sur les marchés (comme le cours de l’action), - La performance environnementale a moins d’impact sur la performance financière que la performance sociale, - Il y a un cercle vertueux entre les performances RSE et financières: les premières entraînent les secondes qui financent les premières.
Le Social Investment Forum (SIF, Washington) a décerné le Prix Moskowitz 2004 à cette étude (pour voir le communiqué, http://www.socialinvest.org/areas/news/102504release.htm
Pour télécharger l’étude (format PDF, 168 Ko),En anglais http://business.auckland.ac.nz/newstaffnet/profile/publications_upload/000000556_orlitzkyschmidtrynes2003os.pdf
par jeromet
le 2004-11-10 11:57:13
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